Kédougou : Une épidémie de diphtérie confirmée après des enquêtes sur plusieurs décès d’enfants…
Une épidémie de diphtérie est en cours dans la région de Kédougou. Trois cas positifs ont été confirmés dans les districts sanitaires de Kédougou et de Saraya, tandis que plusieurs décès d’enfants de moins de cinq ans survenus au Centre hospitalier régional Amath Dansokho, font actuellement l’objet d’investigations. La Direction régionale de la santé a renforcé la surveillance et annonce un plan d’action pour contenir la maladie.
La région de Kédougou fait face à une situation sanitaire préoccupante. Une épidémie de diphtérie a été confirmée dans les districts sanitaires de Kédougou et de Saraya, à la suite d’investigations menées par les services de santé après plusieurs décès enregistrés chez des enfants de moins de cinq (5) ans au Centre hospitalier régional Amath Dansokho.
Selon le directeur régional de la Santé, Dr Ababacar Mbaye, ces décès, dont certains remontent à 2024, n’avaient pas immédiatement été attribués à la diphtérie. La maladie aurait notamment été difficile à identifier en raison de sa présentation clinique particulière.
« Nous observons une épidémie en cours avec des cas de décès déclarés chez des enfants de moins de cinq ans au Centre hospitalier régional Amath Dansokho de Kédougou », explique le responsable sanitaire.
Une maladie difficile à diagnostiquer
Le diagnostic a été compliqué par la forme prise par la maladie chez certains patients. Selon le Dr Mbaye, les médecins ont été confrontés à des formes dites nécrosantes de la diphtérie, caractérisées notamment par des lésions qui peuvent prendre une coloration sombre.
« Il faut avouer que cette maladie a été peu observée par beaucoup de générations de médecins. Lorsque les plaques deviennent nécrosantes, au lieu d’être blanches, elles deviennent noires, ce qui peut poser des problèmes de diagnostic », souligne-t-il.
C’est à la suite de plusieurs décès constatés chez de jeunes enfants que le pédiatre de l’hôpital a donné l’alerte et demandé des investigations approfondies.
Un prélèvement effectué sur l’un des cas décédés s’est révélé positif à la diphtérie. Une découverte qui a conduit la Direction régionale de la Santé à lancer une investigation de grande ampleur, avec l’appui des services centraux du ministère de la Santé, de la Direction de la prévention, des partenaires et des sociétés savantes.
591 cas suspects passés au crible
Une équipe d’experts a séjourné à Kédougou du 5 au 11 août afin d’établir l’ampleur de la situation.
Les investigations ont notamment porté sur les registres des structures sanitaires des districts concernés, avec un dépouillement couvrant la période allant de mai à août.
Au total, 591 cas suspects ont été identifiés. Il s’agit notamment de patients présentant des symptômes tels que des maux de gorge, une angine, de la fièvre ou encore des douleurs au niveau de la nuque.
Des prélèvements ont ensuite été effectués sur certains cas contacts, c’est-à-dire des personnes ayant été en contact avec les cas confirmés ou décédés.
Les résultats font état de trois cas positifs, dont deux dans le district sanitaire de Saraya et un dans celui de Kédougou. Dix-sept autres personnes testées sont, elles, revenues négatives.
Pour le directeur régional de la Santé, ces résultats confirment la circulation de la maladie dans les deux districts concernés, tout en montrant que certains contacts identifiés ne sont finalement pas infectés.
Les cas positifs pris en charge à l’hôpital
Les trois personnes testées positives sont actuellement hospitalisées et bénéficient d’un suivi rapproché par les équipes médicales, notamment les pédiatres.
Les services de santé ont également commencé la prise en charge des cas contacts, y compris ceux qui ne présentent pas de symptômes, à travers une antibiothérapie préventive lorsque celle-ci est indiquée.
« Nous avons espoir qu’avec le plan d’action que nous avons mis en place, nous pourrons faire face à cette épidémie », rassure le Dr Ababacar Mbaye.
La vaccination au cœur de la riposte
La particularité de cette situation est que la diphtérie est une maladie évitable grâce à la vaccination.
Face à la circulation de la maladie, les autorités sanitaires annoncent ainsi un renforcement de la surveillance épidémiologique dans les postes et centres de santé de la région. L’objectif est de détecter rapidement les cas suspects et d’éviter que les patients n’arrivent à l’hôpital dans des formes compliquées.
La Direction régionale de la Santé entend également intensifier les opérations de vaccination, particulièrement dans les zones difficiles d’accès où la couverture vaccinale demeure insuffisante.
Le Dr Mbaye rappelle que les enfants correctement vaccinés bénéficient d’une protection contre la diphtérie et appelle les parents à faire vérifier le statut vaccinal de leurs enfants.
Kédougou sous haute surveillance
La situation de Kédougou s’inscrit dans un contexte sous-régional marqué depuis plusieurs années par la résurgence de la diphtérie. Selon le directeur régional de la Santé, plusieurs pays de la sous-région ont été confrontés à des épidémies depuis 2022, avec notamment plus d’un millier de cas enregistrés dans un pays voisin du Sénégal.
La circulation des personnes et des biens entre les différents pays de la sous-région constitue, selon les autorités sanitaires, un facteur favorisant la propagation de certaines maladies infectieuses.
D’où la décision de renforcer la surveillance aux différents niveaux de la pyramide sanitaire et d’accélérer la détection des cas.
Pour les autorités sanitaires régionales, le message est désormais clair : la riposte passe par la surveillance, la prise en charge précoce des cas et surtout la vaccination.
Les parents, particulièrement les mères et les pères de famille, sont donc invités à faire vacciner leurs enfants conformément au calendrier national de vaccination afin de les protéger contre la diphtérie et les autres maladies évitables par la vaccination.