Momar Seck, du règlement des sinistres à la conduite des compagnies…

Dans l’assurance, les carrières les plus solides ne commencent pas toujours dans les bureaux où se décident les stratégies. Elles prennent parfois forme au cœur du métier, là où la promesse commerciale rencontre sa véritable épreuve : le sinistre, l’indemnisation, le contentieux et la maîtrise du risque. C’est par cette porte exigeante que Momar Seck est entré dans le secteur à la fin des années 1990. Plus d’un quart de siècle plus tard, après avoir dirigé NSIA en Guinée puis au Sénégal, son parcours raconte la formation progressive d’un dirigeant qui a connu l’assurance par ses mécanismes techniques, ses impératifs commerciaux et ses responsabilités institutionnelles.

Son passage à la tête de NSIA Assurances Sénégal s’est achevé en août 2025, avec la nomination d’Abdoulaye Socé à la direction générale. Ce changement de gouvernance permet de relire avec davantage de recul la trajectoire de Momar Seck. Elle ne se résume ni à une fonction ni à une compagnie. Elle dessine le profil d’un professionnel capable de passer de la gestion du risque à la conquête de marchés, puis de la performance d’une filiale à la représentation collective d’une industrie encore confrontée à un défi majeur : faire de l’assurance un réflexe économique plus largement partagé.

Le risque comme première école de management

Formé à l’Institut international des assurances de Yaoundé, où il obtient un DESS-A en assurance entre 1996 et 1998, Momar Seck appartient à une génération de cadres africains façonnés par une institution qui a largement contribué à professionnaliser les marchés de la zone CIMA. Cette formation spécialisée lui donne les outils d’un métier où la croissance ne peut jamais être dissociée de la prudence, de la conformité et de la capacité à honorer les engagements pris envers les assurés.

En décembre 1998, il rejoint Salama Assurances Sénégal. Durant près de cinq ans, il y prend en charge les sinistres, le contentieux et, pendant environ deux années, la réassurance. Il participe également au développement de la branche transport. Cette première séquence est structurante. Le sinistre révèle la qualité réelle d’un contrat ; le contentieux expose les conséquences d’une souscription insuffisamment maîtrisée ; la réassurance oblige à raisonner en capacité, en exposition et en protection du bilan. Avant d’apprendre à vendre davantage, Momar Seck apprend donc ce qu’une compagnie doit être capable de payer, de défendre et d’absorber.

Cette culture technique restera en arrière-plan de son évolution. Elle explique en partie une approche du développement qui ne peut être durable que si le portefeuille demeure rentable et si la confiance du client survit au moment de l’indemnisation. Dans une industrie souvent jugée à l’aune de sa communication, son parcours rappelle une vérité plus sévère : la réputation d’un assureur se construit d’abord dans l’exécution de sa promesse.

Du contrat au marché

En 2003, Momar Seck rejoint SOSAR AL AMANE comme directeur du Bureau Direct Assurances. Le changement de responsabilité marque un premier basculement. Il quitte le seul traitement des conséquences du risque pour entrer dans l’organisation de la distribution, le développement commercial, la rentabilité des portefeuilles et l’encadrement des équipes. Cette fonction lui permet de rapprocher deux logiques que les compagnies peinent parfois à concilier : produire de la croissance et préserver la qualité technique des affaires souscrites.

Trois ans plus tard, il intègre NSIA Assurances Sénégal comme directeur commercial. Il y reste neuf ans, de mars 2006 à mars 2015. Cette longévité est importante. Elle correspond à une phase pendant laquelle les assureurs d’Afrique de l’Ouest doivent élargir leurs clientèles, professionnaliser leurs réseaux, améliorer la satisfaction des partenaires et mieux segmenter leurs offres. Momar Seck pilote le développement commercial, le marketing et la stratégie de distribution, avec une attention revendiquée à la rentabilité des portefeuilles.

En 2014, alors qu’il occupe encore cette fonction, NSIA Assurance devient la première entreprise du secteur au Sénégal annoncée comme certifiée ISO 9001 version 2008. À l’époque, Momar Seck présente cette certification comme l’aboutissement d’efforts continus en faveur de la qualité et souligne le rôle des retours des clients et des partenaires. Au-delà du label, l’épisode renseigne sur sa conception du commerce : dans l’assurance, la croissance n’est pas seulement une affaire de volumes ; elle dépend aussi de processus fiables, de délais maîtrisés et d’une organisation capable de transformer les réclamations en amélioration opérationnelle.

La Guinée, ou l’apprentissage de la direction générale

En mars 2015, NSIA lui confie la direction générale de sa filiale guinéenne. Le passage de Dakar à Conakry change l’échelle de ses responsabilités. Il ne s’agit plus uniquement d’animer les ventes, mais de conduire l’ensemble d’une compagnie : stratégie, rentabilité, compétences, dynamique collective, conformité et positionnement dans un environnement concurrentiel.

La Guinée lui offre surtout l’expérience d’un marché différent. Les réalités économiques, les habitudes de souscription, les canaux de distribution et la relation avec les autorités de tutelle imposent une intelligence locale. Sous sa direction, la filiale met notamment en avant la bancassurance, la culture client, le règlement rapide des sinistres et le recours à des couvertures de réassurance de haut niveau. Momar Seck défend alors l’idée que la progression de la bancarisation peut faire de la banque un canal de distribution déterminant pour les produits d’assurance. Cette lecture, formulée dès 2018, anticipe une tendance devenue centrale dans la finance africaine : utiliser les réseaux bancaires et, désormais, numériques pour réduire la distance entre l’assureur et des populations encore insuffisamment couvertes.

Son mandat guinéen comporte également une dimension institutionnelle. De mai 2018 à septembre 2020, il exerce la vice-présidence de l’association professionnelle des assureurs de Guinée. Cette responsabilité élargit son regard : le dirigeant d’une compagnie défend sa part de marché ; le représentant d’une profession doit contribuer à la crédibilité de l’ensemble du secteur, au dialogue avec le régulateur et à la résolution de problèmes collectifs.

Retour à Dakar, au moment de la transformation du marché

En août 2021, Momar Seck revient à Dakar pour prendre la direction générale de NSIA Assurances Sénégal. Ce retour n’a rien d’un simple mouvement interne. Il intervient avec l’expérience d’une filiale étrangère et une compréhension plus large des ressorts de l’assurance en Afrique de l’Ouest. Sa mission associe développement, rentabilité, renforcement des compétences et pilotage stratégique.

Le contexte sénégalais exige alors une forte capacité d’adaptation. Le marché progresse, mais il reste confronté à la faible pénétration de l’assurance, à la méfiance d’une partie du public, aux fraudes, à l’informalité et à l’urgence de la digitalisation. Entre 2023 et 2024, le chiffre d’affaires global du secteur passe de 272,5 milliards à 296,9 milliards de francs CFA, soit une croissance de 9 %. Cette dynamique accroît les possibilités de développement, mais aussi la pression sur les compagnies : elles doivent accélérer la distribution sans dégrader la qualité de souscription, moderniser la relation client et payer les sinistres avec davantage de célérité.

À partir d’août 2022, Momar Seck rejoint également le bureau national de l’organisation professionnelle des assureurs du Sénégal en qualité de vice-président. Il participe ainsi à une période de modernisation collective du marché, marquée notamment par la centralisation puis la dématérialisation des attestations d’assurance automobile. Le projet répond à plusieurs enjeux décisifs : réduire la fraude, améliorer la traçabilité, lutter contre la non-assurance et accélérer le traitement des sinistres. Cette expérience institutionnelle prolonge logiquement son parcours : après avoir dirigé des équipes et des portefeuilles, il contribue aux mécanismes communs qui conditionnent la confiance dans toute l’industrie.

Une carrière qui relie technique, commerce et gouvernance

La singularité de Momar Seck tient moins à l’accumulation de titres qu’à la continuité de ses apprentissages. Les sinistres lui ont donné la culture de la preuve. La réassurance lui a appris la discipline du bilan. Le commerce l’a confronté à la croissance et à la fidélisation. La direction de filiales lui a imposé l’arbitrage entre expansion, rentabilité et capital humain. Les associations professionnelles l’ont placé face aux responsabilités collectives du secteur.

Depuis la transmission de la direction générale de NSIA Assurances Sénégal en août 2025, les informations publiques disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude la nouvelle fonction opérationnelle de Momar Seck. Cette réserve factuelle n’enlève rien à la portée de sa trajectoire. Elle invite plutôt à l’évaluer sur un cycle complet : celui d’un spécialiste devenu commercial, d’un commercial devenu dirigeant, puis d’un dirigeant appelé à penser au-delà de sa propre entreprise.

À l’heure où l’assurance sénégalaise cherche à élargir sa base, numériser ses opérations et renforcer la confiance des assurés, ce type de parcours conserve une valeur particulière. Il rappelle que la transformation du secteur ne reposera pas seulement sur la technologie ou sur de nouveaux produits. Elle dépendra aussi de dirigeants capables de comprendre simultanément le risque, le client, le bilan, les équipes et l’intérêt collectif. C’est précisément à l’intersection de ces cinq exigences que s’est construite la carrière de Momar Seck.

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