Il y a, dans la trajectoire politique d’Ousmane Sonko, une constante qui mérite aujourd’hui d’être interrogée avec lucidité : le recours quasi permanent à la confrontation comme mode d’expression et comme méthode de conquête et d’exercice du pouvoir…
La critique des institutions est légitime dans une démocratie. La contestation est même nécessaire lorsqu’elle permet de dénoncer les abus, de proposer des réformes et de défendre les intérêts des citoyens. Mais lorsqu’elle se transforme en défiance systématique, en procès permanent des institutions et en affrontement politique continu, elle finit par fragiliser l’État lui-même.
Or, c’est précisément cette évolution qui inquiète.
De la contestation du pouvoir à la contestation des institutions
Pendant longtemps, Ousmane Sonko s’est présenté comme l’incarnation d’une rupture avec le système politique traditionnel. Cette posture lui a permis de conquérir une importante partie de l’opinion et de s’imposer comme l’une des principales figures de la vie politique sénégalaise.
Mais une question demeure : peut-on durablement gouverner un pays en conservant les réflexes de l’opposant radical ?
Lorsqu’un responsable politique passe de l’opposition au gouvernement, puis à la tête de l’Assemblée nationale, il change de responsabilité. Il ne représente plus seulement un camp. Il devient, qu’il le veuille ou non, l’un des garants du fonctionnement régulier des institutions.
C’est là que se situe le véritable problème posé par la méthode Sonko.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une politique fondée sur la suspicion permanente entre les pouvoirs. Il a besoin d’une culture du compromis républicain, du respect de la séparation des pouvoirs et de la reconnaissance de la légitimité des institutions, y compris lorsque leurs décisions déplaisent.
Une rhétorique de confrontation devenue marque politique
Le style politique d’Ousmane Sonko repose largement sur une rhétorique de confrontation : dénoncer, accuser, désigner des responsables, opposer le « peuple » aux « élites » ou aux institutions considérées comme responsables des difficultés du pays.
Cette stratégie peut être efficace dans l’opposition. Elle permet de mobiliser, de polariser et de maintenir une forte pression politique.
Mais elle devient dangereuse lorsqu’elle se prolonge dans l’exercice du pouvoir.
La République ne peut pas fonctionner selon le principe : « lorsque l’institution me donne raison, elle est légitime ; lorsqu’elle me contredit, elle est suspecte ».
Le Conseil constitutionnel, la justice, le Parlement, l’administration, les médias, les collectivités territoriales ou encore les corps constitués ne sont pas des adversaires politiques. Ils constituent l’architecture même de l’État.
Les institutions peuvent être réformées. Elles peuvent être critiquées. Elles peuvent même être profondément transformées par la volonté populaire et constitutionnelle. Mais elles ne peuvent être durablement délégitimées sans que la démocratie elle-même en subisse les conséquences.
Le paradoxe d’un homme devenu lui-même institutionnel
Le paradoxe est aujourd’hui saisissant.
Ousmane Sonko, qui a longtemps dénoncé le fonctionnement des institutions de l’État, occupe désormais l’une des fonctions les plus importantes de la République : la présidence de l’Assemblée nationale. Son discours d’investiture du 26 mai 2026 insistait pourtant sur la nécessité de préserver la République et de restaurer la confiance dans les institutions.
Cette nouvelle responsabilité impose donc une exigence particulière : celle de passer de la logique de confrontation à celle de l’arbitrage institutionnel.
Le président de l’Assemblée nationale ne peut être simplement le chef d’un camp politique. Il doit être le garant du débat parlementaire.
Saliou Sow
Coordonnateur Pool communication
Parti politique URD