Ruptures d’insuline au Sénégal : l’inquiétude grandit chez les patients et les pharmaciens…
Depuis plusieurs mois, l’accès à certaines insulines devient de plus en plus difficile au Sénégal. Le Lantus et l’Abasaglar, deux traitements largement utilisés dans la prise en charge du diabète, seraient régulièrement en rupture dans plusieurs officines. Une situation qui inquiète les pharmaciens et place surtout les patients dans une situation de grande incertitude. Le constat est rapporté par le Dr Thierno Dièye, pharmacien à la Pharmacie Les Petits Anges de Diamniadio. Selon lui, les officines disposent de peu d’informations précises à communiquer aux patients sur la durée de ces ruptures ou sur les mesures envisagées pour y remédier. « Nous avons très peu d’informations à transmettre aux patients », déplore le pharmacien. Une difficulté qui prend une dimension particulière lorsqu’il s’agit de traitements aussi essentiels que l’insuline.
Une rupture qui n’est pas sans conséquence
Pour une personne diabétique traitée à l’insuline, l’absence de médicament ne peut être assimilée à une simple indisponibilité en pharmacie. Le traitement participe directement au maintien de l’équilibre glycémique et son interruption ou sa modification sans encadrement médical peut exposer le patient à des complications. Face à une rupture, le pharmacien peut être amené à rechercher une alternative thérapeutique. Mais le changement d’insuline ne relève pas toujours d’une simple substitution. Il peut nécessiter une évaluation médicale, une adaptation des doses et un suivi du patient. C’est précisément là que se trouve l’une des principales difficultés. Lorsqu’un patient ne trouve plus son traitement habituel, il doit souvent consulter son médecin avant d’envisager une modification de son protocole. Or, l’accès rapide à une consultation médicale n’est pas toujours garanti. « Changer de traitement nécessite souvent un avis médical. Mais nous savons tous à quel point il peut être difficile d’obtenir rapidement un rendez-vous avec son médecin », souligne le Dr Dièye.
Des ruptures qui pourraient toucher plusieurs références
L’inquiétude est d’autant plus grande que les difficultés d’approvisionnement ne concerneraient pas uniquement le Lantus et l’Abasaglar. D’autres références d’insuline peuvent également être difficiles à trouver selon les périodes et les officines. Cette situation crée un véritable effet domino : le patient se présente en pharmacie, le médicament prescrit n’est pas disponible, le pharmacien dispose de peu de visibilité sur le retour des stocks et le patient doit ensuite chercher une solution auprès de son médecin ou d’une autre pharmacie. Pour les familles concernées, chaque jour compte.
Les autorités interpellées
Au-delà de la question de la disponibilité immédiate des produits, cette situation pose celle de l’information. Les pharmaciens ont besoin de connaître l’état des stocks, les perspectives de réapprovisionnement et, le cas échéant, les alternatives disponibles afin de pouvoir orienter correctement les patients. Le Dr Thierno Dièye lance ainsi un appel aux autorités sanitaires pour qu’elles apportent des réponses claires sur les mesures prises afin de sécuriser l’approvisionnement en insuline au Sénégal. La question est désormais posée : quelles dispositions sont prises pour éviter que les patients diabétiques ne se retrouvent sans solution thérapeutique ? Car derrière une rupture de stock, il y a des patients qui attendent, des familles qui s’inquiètent et des professionnels de santé qui cherchent des réponses. Pour ces derniers, une information fiable et rapide est devenue aussi indispensable que le médicament lui-même.