C’est le rendez-vous politique le plus tendu de l’année. Les 165 députés sénégalais se réunissent ce lundi à 10h en séance plénière pour examiner la proposition de loi n°17/2026 portant révision de la Constitution, déposée par le groupe parlementaire PASTEF.
Le texte, qui touche à 29 articles de la Loi fondamentale, prévoit notamment la création d’une Cour constitutionnelle, l’interdiction pour le chef de l’État de diriger un parti politique pendant son mandat, ainsi qu’un organe indépendant chargé d’organiser les élections. Fort de ses 130 sièges sur 165, PASTEF dispose largement de la majorité requise (trois cinquièmes, soit 99 voix) pour adopter le texte sans référendum. Face à cette majorité mécanique, l’opposition politique, la société civile — dont le mouvement Y en a Marre et le Conseil national du laïcat — et plusieurs plateformes citoyennes appellent à manifester devant l’hémicycle. Le collectif AAR SUNU CONSTITUTION mobilise pour dire « Non » à ce qu’il qualifie de « putsch législatif ». Aminata Touré dénonce un texte utilisé comme « instrument de représailles contre le chef de l’État ». Le gouvernement réclame un dialogue national plus inclusif avant toute réforme de cette ampleur.
Dans ce contexte de polarisation, le Conseil National des Imams et Oulémas du Sénégal (CNIOS) a publié dimanche un communiqué d’alerte nationale, daté du 28 juin 2026 et signé par son président Khalifa Aboubacar Babou. L’organisation religieuse dit observer « avec inquiétude la montée des tensions » et lance un « appel solennel à la responsabilité nationale ». Elle interpelle directement le président de la République pour user de son « autorité morale et institutionnelle » en faveur de l’apaisement, le président de l’Assemblée nationale pour « privilégier une démarche de responsabilité, d’écoute et d’ouverture », et l’ensemble des acteurs politiques pour « dépasser les logiques de confrontation ». Le CNIOS recommande la mise en place d’un cadre national inclusif de dialogue, impliquant les autorités religieuses, coutumières, universitaires et la société civile. Plusieurs journaux qualifient ce lundi de « lundi de tous les dangers », avec des risques d’affrontements aux abords du Parlement