La défaite des Lions face à la Norvège (3-2) semble rouvrir le procès de Pape Thiaw. Sur les réseaux sociaux, les rédactions, dans les causeries en famille, le sélectionneur national est redevenu, en quelques heures, le seul coupable désigné d’un revers qui complique sérieusement la qualification du Sénégal pour les 16e de finale. Choix de l’effectif, gestion des changements, maintien de Kalidou Koulibaly en défense centrale… en réalité, chaque décision est passée au crible et chaque erreur grossie, comme si l’équipe nationale ne pouvait perdre que par la faute d’un seul homme.

Il faut oser le dire! Ce réflexe n’est pas nouveau, mais il interroge sur la mémoire collective sénégalaise en matière de football. Car ce sont précisément les choix et le travail de ce même Pape Thiaw qui ont permis aux Lions de décrocher une deuxième étoile continentale en janvier dernier, face au Maroc, même si le verdict du TAS est encore attendu sur ce sacre. Je pense qu’il ne faut pas oublier que ce trophée a fait vibrer tout un pays, des places publiques de Dakar aux familles rassemblées devant leurs écrans dans toutes les régions du Sénégal. Le même homme qui suscitait alors louanges et reconnaissance et surtout lors de son fameux acte jugé « courageux » lorsque face au Maroc, il avait demandé à ses joueurs de quitter le terrain avant de revenir sur sa décision, se retrouve aujourd’hui désigné comme l’unique responsable d’une défaite dans une Coupe du monde où la marche est autrement plus haute.

Il y a là un problème qui, visiblement sénégalais concernant la reconnaissance, qui s’évapore au premier revers. Pape Thiaw a sans doute commis des erreurs dans ce match, comme n’importe quel entraîneur peut en commettre face à une Norvège portée par un Erling Haaland des plus tranchants. La gestion de la défense, la lenteur de certains ajustements, le conservatisme dans les choix offensifs en début de rencontre méritent d’être questionnés et discutés, c’est le rôle normal de l’analyste sportif. Mais juger un technicien à la seule lumière de sa dernière sortie, en effaçant d’un trait ce qu’il a construit, relève davantage de l’emportement que d’une analyse objective.

Rappelez-vous que le Sénégal a désormais un match décisif face à l’Irak pour garder espoir de qualification en figura parmi les meilleurs 3e. Ce sera l’occasion de juger Pape Thiaw sur la suite, et non de faire table rase sur ce qu’il a accompli jusqu’ici.

Cheikh Sadibou Fall (Journaliste)