Le C’est un véritable plaidoyer pour une refondation de la gouvernance mondiale qu’a livré Macky Sall lors du grand oral des candidats au poste de Secrétaire général de l’Onu. Diagnostiquant une «fragmentation» du système international, l’ex-chef d’Etat sénégalais propose une thérapie en trois piliers pour repositionner le développement au cœur de la paix. Une ambition multilatérale qui fait écho à ses récents échanges hautement stratégiques à Paris avec le Président français Emmanuel Macron.

Le marathon diplomatique pour la succession de António Guterres à la tête de l’Orga­nisation des Nations unies (Onu) s’accélère. A l’occasion du premier grand débat public organisé à Genève ce mardi 9 juin 2026, l’ancien Président sénégalais Macky Sall a exposé, par message vidéo, sa feuille de route pour une institution «revitalisée»

Face au constat d’une fracture à travers le monde, il promet de restaurer la confiance. D’emblée, l’analyse de Macky Sall pose un diagnostic sans concession sur l’état actuel de la gouvernance mondiale. Pour le candidat africain, le système international souffre d’un déficit chronique de confiance qui paralyse le multilatéralisme. Face à ses concurrentes d’Amé­rique latine -Michelle Bachelet, Rebeca Grynspan et Maria Fernanda Espinosa, toutes trois présentes physiquement à la Maison de la paix de Genève-, Macky Sall a choisi de se positionner en «bâtisseur de ponts», fort de son bilan à la Présidence du Sénégal (2012-2024) et à la tête de l’Union africaine. «Le Secrétaire général n’a ni armée ni police. Sa véritable force réside dans sa crédibilité, son impartialité et son autorité morale», a martelé le candidat, affirmant ne pas briguer une carrière, mais chercher un «impact» réel pour sortir l’Onu de l’inertie.

Les trois piliers de la «méthode Sall»

Pour réformer l’institution, Macky Sall propose trois ruptures opérationnelles majeures : rendre l’Onu à ses Etats membres en estimant que la réforme doit être partagée de manière inclusive entre le Nord et le Sud, les grands et les petits pays ; il promet une organisation plus à l’écoute et capable de maintenir le dialogue, même au plus fort des tensions géopolitiques. Il ajoute l’efficacité de terrain en pointant du doigt la dispersion des efforts. Il appelle à une rationalisation drastique des mandats, une meilleure utilisation des ressources budgétaires et une obligation de résultats mesurables sur le terrain. Sans oublier le développement comme pilier de la paix : rompant avec les approches purement sécuritaires, Macky Sall affirme que la lutte contre le terrorisme, l’instabilité et les crises migratoires passe impérativement par la justice climatique, l’emploi des jeunes et des femmes, l’accès équitable aux financements et l’investissement dans les infrastructures.

L’axe Paris-Dakar : la rampe de lancement élyséenne

Quelques jours plus tôt, le 2 juin, sa rencontre au Palais de l’Elysée avec Emmanuel Macron est venue appuyer le poids politique de sa candidature sur l’échiquier international. Si le grand oral de Genève a permis de clarifier sa doctrine, c’est à Paris que les lignes géopolitiques se dessinent. Reçu par le Président français Em­manuel Macron, Macky Sall a mené des discussions hautement stratégiques. La France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité doté du droit de veto, détient une clé essentielle du scrutin prévu d’ici la fin de l’année. Les deux dirigeants ont affiché une convergence de vues totale sur la nécessité d’une Onu «ambitieuse, réformée et représentative» des réalités du XXIe siècle. Cette complicité politique renouvelée renforce incontestablement le statut d’interlocuteur d’envergure globale de Macky Sall.

La course s’annonce serrée. Alors que l’Amérique latine revendique le poste au nom de la rotation géographique et qu’un puissant mouvement pousse pour l’élection d’une femme, la candidature de Macky Sall, portée par l’Union africaine, entend faire valoir l’expérience d’un homme d’Etat issu du Sud global, capable de parler à toutes les puissances. Le Conseil de sécurité devrait entamer ses votes décisifs dès le mois de juillet pour désigner celui ou celle qui succédera à António Guterres le 1er janvier 2027.

Le calendrier d’une élection sous haute tension

Le processus de sélection du 10e Secrétaire général des Nations unies, amorcé fin 2025, entre désormais dans sa phase la plus critique. Pour succéder à António Guterres le 1er janvier 2027, les candidats déclarés -dont Macky Sall, Michelle Bachelet, Rafael Grossi et Rebeca Grynspan- doivent franchir un véritable parcours du combattant diplomatique.

Juin-juillet 2026 : les tractations de coulisses

Après la phase des grands oraux et des débats publics (comme ceux de New York en avril et de Genève en juin), place à la diplomatie de l’ombre. Les candidats affinent leurs soutiens auprès des capitales, en particulier des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (P5 : Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni).

Juillet-octobre 2026 : le couperet des «straw polls»

Le Conseil de sécurité entame ses fameux votes indicatifs à bulletins secrets (les straw polls). Les membres votent «encourage», «décourage» ou «sans opinion». C’est l’étape la plus redoutable : un seul vote «décourage» de la part d’un membre du P5 équivaut à un droit de veto virtuel et pousse généralement le candidat à se retirer.

Fin octobre 2026 : la recommandation officielle

Une fois qu’un consensus se dégage ou qu’un candidat obtient une majorité (au moins 9 voix sur 15 sans veto), le Conseil de sécurité adopte une résolution officielle à huis clos pour recommander un nom unique.

Novembre 2026 : le vote de l’Assemblée générale

L’Assemblée générale, qui regroupe les 193 Etats membres, vote pour ratifier le choix du Conseil de sécurité. Bien qu’historiquement cette étape soit une formalité, elle confère sa légitimité démocratique globale au futur chef de l’Onu.

1er janvier 2027 : entrée en fonction

Prestation de serment et début du mandat de 5 ans (renouvelable une fois) pour le nouveau ou la nouvelle Secrétaire général (e).

avec igfm et Lequotidien