L’ancien ministre conseiller Oumar Sow a joint l’acte à la parole. Par le biais de ses avocats, le président du mouvement And – Marchons Ensemble a déposé ce mercredi une plainte avec constitution de partie civile auprès du Doyen des juges du tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye, selon des sources de Seneweb. Il vise des faits de violences volontaires commises par des agents agissant dans l’exercice de leurs fonctions, des actes de torture, des traitements inhumains ou dégradants, ainsi que toutes autres infractions que l’information permettra de caractériser.
Dans sa plainte, Oumar Sow livre sa version de l’incident qui lui a valu des blessures. Les passages ci-dessous rapportent ses propos tels qu’il les a consignés.
Au premier étage du tribunal : un échange qui dégénère
Le vendredi 2 octobre 2026, Oumar Sow avait rendez-vous à 12 heures avec un juge au tribunal de Pikine-Guédiawaye. Il affirme être arrivé peu après l’heure convenue. Au premier étage, un agent présenté comme agent de sécurité de proximité était assis devant le bureau du magistrat. Le plaignant dit l’avoir salué et lui avoir demandé si le juge était présent.
Selon son récit, l’agent lui a demandé s’il avait rendez-vous et, après une réponse affirmative, s’il en était certain. Oumar Sow assure avoir confirmé son rendez-vous et expliqué les raisons de sa présence. L’agent lui aurait répondu qu’il ne lui avait pas demandé ces explications et que le juge était absent, sur un ton que le plaignant dit avoir perçu comme irrespectueux.
Alors qu’il prenait son téléphone pour appeler le juge, l’agent l’aurait de nouveau interpellé, lui reprochant de ne pas avoir entendu ce qu’il venait de dire. Oumar Sow explique avoir précisé qu’il souhaitait signaler sa présence à l’assistant du juge et savoir s’il pouvait attendre sur place ou dans son véhicule. L’agent lui aurait répondu qu’il était occupé. Le plaignant dit lui avoir alors proposé de rester dans le couloir et de lui faire signe pour qu’il le reconnaisse, ce que l’agent lui aurait refusé « avec une certaine insolence ».
C’est à ce moment, relate-t-il, qu’il a demandé à l’agent de cesser de lui parler sur ce ton et d’adopter une attitude respectueuse, digne d’un agent du service public. L’agent se serait alors levé, dirigé vers lui et lui aurait ordonné de descendre, le mot « dégager » étant mentionné entre parenthèses dans la plainte. Oumar Sow affirme lui avoir demandé de se calmer et lui avoir rappelé la nécessité de respecter les usagers d’un service public.
Toujours selon la plainte, l’agent a commencé à le pousser violemment pour le contraindre à descendre. Le plaignant reconnaît avoir résisté à cette manière de procéder, estimant qu’un tel usage de la force n’était pas justifié.
Environ quatre agents des Forces de défense et de sécurité (FDS) seraient alors intervenus et se seraient joints à l’agent pour le pousser et lui ordonner de descendre. Oumar Sow dit leur avoir demandé de cesser les violences et de le laisser descendre tranquillement, en leur indiquant qu’il était disposé à le faire. Malgré cela, des agents l’auraient saisi des deux côtés et par les jambes. Selon lui, la manœuvre entreprise lui a donné le sentiment qu’ils tentaient de le projeter dans l’escalier et l’a exposé à un risque de chute brutale.
Une femme présente, qui l’avait reconnu comme habitant de Yeumbeul, aurait déclaré qu’elle le connaissait et qu’il n’était pas un homme à problèmes. Elle se serait agrippée à lui pour l’aider à éviter de tomber. Oumar Sow précise que l’audition de cette femme permettra de préciser cette séquence et le rôle de chacun des intervenants. Il affirme que ses vêtements ont été déchirés et qu’il a été roué de coups violents et brutalisé. Devant les personnes présentes, dont certaines le connaissaient comme acteur politique, il dit avoir exprimé son indignation.
Du parking, puis la conduite à la cave
Depuis le parking, Oumar Sow raconte avoir réussi à joindre le juge au téléphone pour lui expliquer l’incident. Pendant cette communication, plusieurs agents des FDS seraient revenus, auraient interrompu son échange et lui auraient ordonné de quitter les lieux. Il dit avoir contesté le traitement qui lui était infligé.
Sur ces entrefaites, un autre agent aurait demandé qu’il soit conduit à la cave du tribunal. Le plaignant tenait alors son téléphone dans une main et une enveloppe de documents dans l’autre. Les agents l’auraient saisi avec force. La femme déjà intervenue aurait récupéré son téléphone, tandis que les agents l’auraient conduit brutalement vers la cave.
À son arrivée à proximité de la cave, Oumar Sow affirme avoir perdu connaissance. Il précise ne pas être en mesure de décrire personnellement les gestes accomplis durant cette perte de connaissance. Selon lui, les circonstances dans lesquelles il aurait été laissé au sol, les propos éventuellement tenus et les modalités de son placement en cellule devront être vérifiés par l’information.
Il dit s’être ensuite retrouvé dans une cellule, sans son téléphone, avec ses vêtements déchirés et des blessures à la tête et au membre supérieur. Un avocat l’aurait reconnu dans cet état, salué et interrogé sur ce qui s’était passé. Oumar Sow lui a demandé d’informer le juge ainsi que son conseil, Me Oumar Youm. Il précise que l’identité et les coordonnées de cet avocat seront communiquées dès qu’elles auront été recueillies.
Le transfert au commissariat et les soins
Environ une heure après son placement à la cave, des agents du commissariat de Wakhinane Guédiawaye seraient venus le chercher. Ils l’auraient conduit menotté au commissariat, sous le regard de personnes ayant assisté aux événements. Le plaignant demande que les horaires exacts et le fondement de cette privation de liberté soient vérifiés à partir des registres et des actes de procédure.
À son arrivée, le commissaire qui l’a reçu a, dit-il, adopté une attitude calme. Il aurait demandé le retrait des menottes, une chaise et de l’eau, puis l’aurait invité à se détendre. Oumar Sow tient à distinguer son comportement des violences dénoncées et déclare ne lui imputer aucun acte de brutalité sur la base de son récit.
Vers 17 heures, il dit avoir ressenti des malaises au niveau de la tête et du corps et avoir demandé à consulter un médecin. Il a été conduit sous escorte à l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye, où des soins ont été pratiqués sur ses blessures à la tête et à la main. Selon son souvenir, il a reçu deux injections présentées comme antitétaniques, dont la nature exacte devra être confirmée par le dossier médical. Une ordonnance et un certificat médical lui ont été délivrés. Il précise ne préjuger ni du contenu précis de ce certificat ni de la durée d’incapacité qu’il pourrait retenir. Il affirme avoir finalement été libéré après 20 heures le même jour, sans aucune audition.
Les qualifications soumises à l’instruction
Violences volontaires et violences commises dans l’exercice des fonctions
Il se constitue partie civile pour obtenir la réparation intégrale des préjudices établis et réserve le chiffrage de sa demande indemnitaire après production des justificatifs et, si nécessaire, expertise médicale. Il sollicite la fixation de la consignation prévue à l’article 79 du Code de procédure pénale, sous réserve d’une éventuelle admission à l’assistance judiciaire, et s’engage à accomplir les formalités requises dans le délai imparti.
Les mesures demandées au juge d’instruction
Au regard de ces éléments, Oumar Sow sollicite l’ouverture d’une information sur des faits qu’il qualifie d’« extrême gravité ». Il demande l’identification des agents de sécurité de proximité et des agents des FDS en service au tribunal le 2 octobre 2026, par les tableaux de service, les registres de présence, les affectations, les matricules et les comptes rendus. Il réclame aussi l’identification de l’agent ayant ordonné la conduite à la cave, ainsi que l’examen des registres de la cave, des mains courantes, des documents de transfert et des mentions de libération, des procès-verbaux et d’éventuels actes de garde à vue. Il demande enfin la réquisition des images de vidéosurveillance, ainsi que l’établissement de la chronologie de la privation de liberté.
Il demande en outre que soit prise toute mesure utile permettant une collecte impartiale des preuves. Si une commission rogatoire est délivrée, il souhaite qu’elle soit mise en œuvre par un service dont aucun membre n’est personnellement mis en cause dans les faits.
« Je vous prie, en conséquence, de recevoir la présente plainte avec constitution de partie civile et de procéder à l’ouverture d’une information contre X selon les règles applicables », a-t-il conclu dans sa plainte.