Le président de la République Bassirou Diomaye Faye s’exprime ce jeudi devant l’Assemblée générale des Nations unies, dans une posture à double casquette. En effet, il intervient en soirée à l’heure de Dakar, en tant que chef de l’État du Sénégal et président en exercice de la CEDEAO, au terme d’une semaine diplomatique chargée qui l’a mené à Washington puis à Abou Dhabi. Le débat général de cette 81e session se tient sous le thème « rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations unies au service de tous ».
Le premier enjeu attendu est celui du financement du développement. Dès mardi, le président a mis en avant le déficit annuel de financement des Objectifs de développement durable, chiffré à 4 000 milliards de dollars, et appelé à une mobilisation accrue des partenaires internationaux. Ce plaidoyer prend une résonance particulière pour Dakar, dont la situation budgétaire reste sous surveillance. Le Sénégal et le FMI ont conclu, le 1er septembre, un accord technique sur un programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, encore soumis à l’approbation du Conseil d’administration, alors que la dette publique atteignait 132 % du PIB fin 2024. Attendu sur la réforme de l’architecture financière internationale, le chef de l’État pourrait défendre une meilleure prise en compte des économies africaines et l’accès à des financements moins coûteux, tout en mettant en avant l’attractivité du pays, alors que ses déplacements visaient notamment à diversifier les alliances et à attirer des investissements directs étrangers, dont le niveau a fortement chuté.
Sur le terrain sécuritaire, la question du Sahel devrait figurer en bonne place. À la précédente session, le président appelait déjà à intensifier la lutte contre les conflits armés, le terrorisme, la criminalité transfrontalière et l’instabilité politique en Afrique. Sa qualité de président en exercice de la CEDEAO donne du poids à ce plaidoyer, d’autant qu’il s’est rendu à Bamako fin juillet, première visite d’un président de la CEDEAO dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel. Le dialogue entre l’organisation régionale et l’AES pourrait ainsi être présenté comme une réponse africaine aux crises du continent.
Le discours sera enfin lu à l’aune de la diplomatie sénégalaise. Lors des précédentes assemblées, le chef de l’État avait défendu une Afrique souveraine et appelé à une réforme de la gouvernance mondiale. Cette ligne, notamment sur la représentation de l’Afrique au Conseil de sécurité, devrait être réaffirmée. Autre dossier suivi de près, la succession d’Antonio Guterres : le sujet a été évoqué avec Emmanuel Macron en marge de la session, alors que l’ancien président Macky Sall est candidat au poste de secrétaire général. Le chef de l’État s’entretiendra par ailleurs avec M. Guterres, selon l’agenda officiel.