Habib Thiam : l’homme qui incarne la rigueur tranquille de la BCEAO…
Il y a des carrières qui ne font pas de bruit mais qui portent une institution. Celle de Habib Thiam, Secrétaire général de la BCEAO depuis juin 2024, en est le parfait exemple. Près de 30 ans au cœur du réacteur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.
De la salle des marchés à la supervision bancaire, il a gravi tous les étages. Sans brûler les étapes.
Le socle : ingénieur et financier
Tout part d’une double culture. D’abord l’ingénierie : diplômé en génie industriel de Polytechnique Montréal (1989-1993), il se forme à la culture du process, de l’optimisation et du risque zéro.
Puis la finance : Master en finance internationale et gestion à l’ESSEC (1993-1995). L’alliance est rare et précieuse : la rigueur de l’ingénieur au service de la complexité des marchés.
Il fait ses gammes chez KPMG Peat Marwick (1994-1995) puis comme Chef de projet à MTOA Dakar. Le terrain, les chiffres, l’efficience.
L’école de la salle des marchés
Il entre à la BCEAO en 1996. Et il entre par la porte la plus exigeante : celle des réserves et du change.
1996-2000 : Responsable Front Office. Il gère les réserves, achète et vend des devises, vit au rythme du trading. Pas de place pour l’approximation.
2000-2004 : Chef du Service des Changes. Il ne s’agit plus seulement d’exécuter, mais de piloter, de sécuriser, d’encadrer.
C’est une école qui marque : on y apprend que la crédibilité d’une banque centrale se joue chaque minute.
Le tournant du risque et du contrôle
Après l’action, la maîtrise du risque. C’est le second grand cycle de sa carrière.
2004-2006 : Responsable Middle Office puis Chef du Service de Suivi des Risques de Marché. Il passe du « faire » au « contrôler ». Anticiper les fragilités avant qu’elles ne deviennent des crises.
Puis Contrôleur des Opérations pendant plusieurs années. Gardien de la fiabilité opérationnelle, condition sine qua non de la confiance.
Logiquement, il prend en janvier 2012 la Direction des Opérations de Marché. Il connaît tous les maillons de la chaîne. Il pilote désormais les leviers de la liquidité et de la transmission monétaire.
De la mécanique à la stabilité du système
2017 : Directeur de la Stabilité Financière. Le changement d’échelle est majeur. Il ne s’agit plus d’une opération, mais de la résilience de tout le système bancaire de l’UEMOA.
2019-2022 : Conseiller du Directeur Général de la Stabilité Financière et du Financement des Économies. Au cœur des arbitrages stratégiques : comment être rigoureux sans étouffer le financement de l’économie réelle.
Mai 2022 : Secrétaire général adjoint de la Commission Bancaire de l’UMOA à Abidjan. Il plonge dans la supervision régionale. Gouvernance des banques, conformité, protection des déposants. L’école du sérieux absolu.
Le Secrétariat Général : la consécration de la méthode
Depuis juin 2024, il est Secrétaire général de la BCEAO à Dakar. Le poste n’est pas honorifique. C’est le centre névralgique : coordination, continuité institutionnelle, pilotage transversal.
Sa nomination n’est pas une surprise. C’est l’aboutissement d’une progression interne cohérente. Front-office, middle-office, contrôle, opérations, stabilité, supervision : il a tout vu.
Dans une union monétaire où la confiance est le premier actif économique, Habib Thiam incarne ce pouvoir tranquille. Pas celui des effets d’annonce, mais celui de la méthode, de la discipline et de la solidité.
De Montréal à Abidjan en passant par Dakar, une trajectoire qui prouve qu’une institution tient moins par des discours que par des hommes de structure.