Les attaques contre le Premier ministre et le président ne sont pas le fruit du hasard, mais la réaction d’un système françafricain aux abois, prêt à utiliser la désinformation et l’argent sale pour diviser le duo au pouvoir.
la chose la plus triste à propos de la trahison est qu’elle ne vient jamais d’ennemis. Elle vient de ceux en qui vous avez le plus confiance. C’est ce qui arrive au président Ousmane Sonko.
Cette réflexion contribue à féliciter tous les militants du Pastef et ses responsables, le président Ousmane Sonkoen tête, pour les grandes victoires déjà remportées dans la libération politique, militaire, économique et sociale de notre pays ainsi que les immenses espoirs et ambitions soulevés au niveau de tous les secteurs et classes populaires africaines. Vous avez lancé le processus d’une récupération de nos richesses, vous avez secoué l’immobilisme de nos grandes organisations d’intégration, vous êtes en train d’exploiter les nouvelles offres compétitives de partenariat au moment où la mondialisation traverse de graves perturbantes avec de lourdes tendances d’un basculement de la richesse, de la technologie, vous avez réformé nos institutions vers des ressources humaines administratives et judiciaires. Toute l’Afrique vous observe et surtout la jeunesse, cette génération galère dont il faut savoir ce qu’elle dénonce et ce qu’elle annonce.
Nous sommes nombreux comme personnalités du 3ème âge (PAI, PS, PFA, RND, PDS, etc.) à penser qu’une révolution démocratique et patriotique était impossible, alors vous l’avez fait. Les oppositions aux esprits embrumés se positionnent déjà en suppôts du néocolonialisme occidental (Kassé, La transition du sous-développement au socialisme 1982, le développement par l’intégration 1994) et le retour à l’ancien système néocolonial totalement honni. Pour montrer l’immaturité de nos dirigeants, on invoque les querelles de Byzance qui lorsque l’armée ennemie est à la porte de la ville, toutes les autorités politiques débattent sur la question « de savoir quel est le sexe des anges ».
1°) Vers un ordre néocolonial : comment les piliers du pouvoir, la désinformation et les ralliés de circonstance destabilisent la nation
L’analyse sur les tensions que traverse le pays entre le président Diomaye et son Premier ministre Ousmane Sonko, meilleur homme politique de sa génération, ne fait pas encore l’objet d’explications politiques scientifiques claires. Beaucoup d’argumentaires mettent en avant, l’ethnicité, les calculs, les querelles politiques et de légitimité, une donnée fondamentale à plusieurs facettes : l’intervention de la françafrique après la perte de ses instruments fondateurs, les bases militaires, le franc CFA, le contrôle des matières premières, va recourir aux pratiques sempiternelles. Elle va utiliser son arme favorite : diviser pour régner en se servant des suppôts et autres politiciens adeptes du reniement et du nomadisme.
L’argent sale des prédateurs est sorti pour financer des bureaux de communication et des cabinets d’avocats extrêmement couteux et, à l’interne « la mobilisation, cars rapide » et l’utilisation de presse externe et interne.
2°) Le pilier du régime : un homme hanté par ses crimes, en quête d’une gloire passée et d’une postérité impossible
Préoccupés essentiellement par la reconquête du pouvoir, les revenants confient à des experts le soin d’élaborer leur programme d’action. Beaucoup y voient le signe d’une crise des partis politiques, et plus largement de la démocratie. La «démocratie des experts » est dénoncée au nom de l’autonomie du savoir, mais aussi de la participation du peuple à la vie politique.
Macky Sall est à la tête de ceux qui ont enfoncé le Sénégal par un endettement abyssal. À défaut d’une option claire de développement économique et social, on instaure un système quasi mafieux consistant à s’endetter pour s’enrichir et enrichir ses proches. Le mécanisme est de construire à des coûts exorbitants quelques projets dits structurants, vendus comme éléments supposés d’une croissance endogène, des projets trompe-l’œil devant booster soi-disant la croissance. S’endetter, encore s’endetter, toujours s’endetter, emprunter à outrance est une trahison envers son pays et sa jeunesse.
James Freeman (auteur ayant vécu aux USA au XVIIIe siècle) est convaincu que « La différence entre un homme politique et un homme d’État est que le premier pense à la prochaine élection et le second aux futures générations » ; ainsi, parce qu’il pense à la prochaine élection, l’horizon temporel de l’homme politique est limité à (5) ou (7) ans. Celui qui avait fièrement défilé à Paris avec un badge « Je suis Charlie » n’aura aucune compassion pour les jeunes tués lors de manifestations. Aujourd’hui, on le voit frétiller pour son retour en mobilisant des cabinets d’informations et d’avocats extravertis extrêmement coûteux. Il se contenterait de n’importe quel poste subalterne en conséquence. Il imite ainsi quelques uns de ses anciens maitres, Valery Giscard D’estaing, François Hollande qui sont comme des carpes à l’Assemblée Nationale
Préoccupés essentiellement par la reconquête du pouvoir, les revenants confient à des experts le soin d’élaborer leur programme d’action. Beaucoup y voient le signe d’une crise des partis politiques, et plus largement de la démocratie. La « démocratie des experts » est dénoncée au nom de l’autonomie du savoir, mais aussi de la participation du peuple à la vie politique. Selon David Estund, l’« épistocratie », c’est-à-dire le pouvoir des savants, cela présente un risque: la confiscation de la parole et des idées par des experts «autorisés».
3°) L’érosion du journalisme : entre précarité économique, dérive éthique et déclin de la confiance
Dans la mondialisation darwiniste et de compétition, la communication est un impératif catégorique. Elle contribue au débat public qui éclaire les citoyens sur les choix de société et les choix économiques et sociaux de la classe politique. En tant qu’institution, les médias se voient conférer une double responsabilité au cœur du système démocratique puisqu’ils sont censés jouer un rôle déterminant
Michel Collon, l’homme de la bien-pensance médiatique, établit que l’information est trop importante pour être laissée aux seuls journalistes, car elle est contrôlée par les 1 % de milliardaires qui nous vendent leur point de vue. Cela fait que la propriété d’un média, devient un métier d’influence, il en va des squatteurs médiatiques, comme le souligne A. Duhamel.
Sorte de mythe positif de la profession journalistique, devenu un totem des sociétés démocratiques, la notion de « 4 pouvoir » met explicitement les médias sur le même plan que les institutions gouvernementales, parlementaires et judiciaires. En tant qu’institution, les médias se voient conférer une double responsabilité au cœur du système démocratique puisqu’ils sont censés jouer à la fois un rôle indépendant et équitable, du débat public pluraliste, indépendant et équitable et de contrôle d’activités du gouvernement. De concert avec les pouvoirs publics, ils constituent le principal débouché pour les chercheurs. Toutefois, il n’existe que peu d’espace dans notre presse au quotidien pour les choses compliquées, encore moins d’espace pour ce qui est de longue durée, unité de temps pertinente pour comprendre où va le pays.
Dans la léthargie d’une opposition molle, la presse locale a lancé la première salve de manifestations sur le thème de la vie chère, mais on n’a ni entendu ni vu le moindre mot sur cet objectif. Certains patrons, pour des raisons de règlements fiscaux ou autres, se sont mis au chaud en envoyant au charbon les plus vulnérables de la profession.
Thomas Sankara avait bien compris le rôle crucial en politique des médias comme un contre pouvoir façonnant le discours de la politique et influençant l’opinion publique, avait créé les Universités africaines de la Communication de Ouagadougou (UACO), une institution qui a survécu et à laquelle j’ai participé à la plupart des sessions.
Il ressort des observations que les revenus publicitaires, composante essentielle, s’avèrent insuffisants et même s’amenuisent du fait d’une concurrence déloyale avec des médias extérieurs et que les subventions publiques sont faibles et font l’objet d’une répartition inégalitaire. Certaines des radios tentent malgré tout de diversifier leurs ressources publicitaires. Aux nombreux problèmes, on note les éléments qui suivent :
La faiblesse du nombre d’annonceurs sénégalais qui pèsent lourd dans les investissements publicitaires ;
La population trop peu nombreuse pour attirer les annonceurs, même si ces radios réalisent des audiences très respectables ;
Éloignement des centres de décisions des annonceurs, le plus souvent basés à Dakar ;
Le fort déséquilibre entre un lectorat faible (demande) et une offre forte
Pour prendre l’exemple du Sénégal, la presse est dans une situation de crise financière et de rentabilité dont il faut la sortir afin qu’elle retrouve toute sa crédibilité. Cette crise financière compromet tout espoir d’une prospérité commune pour la profession, pour ses agents d’une compétence avérée et son équipement technique à l’heure de la digitalisation, des TIC et de l’IA. Il faut certainement changer le modèle de gouvernance.
4°) Le sacrifice de l’unité nationale au profit d’alliances partisanes opportunistes et illégitimes
Je suis parmi les pères du consensus national sur dix années de polémiques d’abord avec les marxistes orthodoxes (le professeur Doudou Sine) ensuite avec la baronnie du Parti socialiste dans le cadre du Club Nation et développement (Cahiers du CND). Une bataille d’idées pendant une décennie. Objectif atteint avec cette prise de position du président Abdoulaye Wade : il avance la proposition concrète de « Constitution d’un Front National de gouvernement sur la base d’un Programme de gouvernement adopté par une table ronde de toutes les formations politiques du pays sans exclusive. Ce programme serait appliqué sous la conduite du Parti qui sortirait vainqueur des élections et qui serait alors le plus représentatif. » Le 25 mai 1981, en quittant la salle de réunion au petit matin, les participants les plus significatifs se sont convaincus que malgré les antagonismes et les conflits, il existe un minimum autour du débat programmatique sur lequel on peut s’entendre. Le consensus national peut offrir un grand dessein et accélérer les politiques de développement économique et social. Les outils sont inexistants, seuls 14 partis politiques sur 320 pourraient répondre aux normes constitutionnelles.
5°) « Se taire ou partir » : la leçon de discipline gouvernementale de Jean-Pierre Chevenement
Les Wolofs expriment la même remontrance « moutt mbah motte ». Dans le cas d’espèce, il doit se soumettre aux exigences « du chef du gouvernement ou de l’État ou se démettre. Dans quelle mesure un ministre doit-il se soumettre aux exigences du chef du gouvernement ou de l’État ? Ce propos véhément a le mérite d’être clarifié : le ministre est cantonné à un rôle d’exécutant. Dans quelle mesure un ministre doit-il ouvrir sa gueule ? Faut-il comprendre dans ce propos l’idée que par la démission, le ministre, qui par là même ne l’est plus, retrouve une forme de liberté propre à lui permettre justement « d’ouvrir sa gueule » ? Dans quelle mesure un ministre doit-il se soumettre aux exigences du chef du gouvernement ou de l’État au nom de la cohésion gouvernementale ? L’exemple de Abdoulaye Seck qui a démissionné de son poste pour répondre à la justice de son pays demeure illustratif.
Cheikh Ibrahima Fall, Baabyl Mourridiya, disait dans ce sens « Luma sama niakh mayoule, Rousse naako gniane sounou borom » « Ce que je ne peux pas obtenir par le travail, J’ai honte de le solliciter au Très-Haut. » Tout comme l’a laissé dire le président Abdoulaye Wade : « Il faut travailler, encore travailler, toujours travailler. »
Conclusion : puisque les projets s’inscrivent désormais dans la durée, il ne s’agit plus de remplacer des hommes, mais d’imposer un modèle alternatif global
Le chemin est long avant d’arriver au cœur du programme 2050, il faut un leadership charismatique et transformationnel avec un État providence pouvant résoudre toutes les pathologies comme le chômage des jeunes, la pauvreté, les inégalités mesurées par l’Indice GINI. Il s’y ajoute d’autres inégalités encore plus criantes que ne corrige le capitalisme sans État providence. En exemple, 12 milliardaires gagnent plus que les 50 % de la population mondiale et aux États-Unis quelques centaines de milliardaires contrôlent moins de 30 % de la croissance économique. Il en va de même de la vingtaine qui contrôle plus d’une centaine de multinationales. Les inégalités sont encore beaucoup plus criantes entre pays développés et pays en développement.
« Le machela » et la tricherie ne régleront point ces dures pathologies. Il faut un leadership charismatique qui sache coordonner et non subordonner, éveiller et non commander, qui mette le pays au travail comme le voulait le président Abdoulaye Wade: « Il faut travailler, encore travailler et toujours travailler ». Le grand maître de Singapour Lee Kuan YEew un des meilleurs artisans d’une politique économique réussie, déclarait lors d’une interview : « Je ne crois pas que la démocratie amène le développement nécessairement. Je crois que ce dont l’Afrique a besoin pour se développer, c’est la discipline, le travail plus que la démocratie. La démocratie poussée très loin conduit à l’indiscipline et au désordre qui ne sont pas, tant s’en faut, des facteurs de développement ».
Pierre Goudiabya déclaré un jour « qu’un pays qui a du gaz, du pétrole et d’autres matières premières doit s’industrialiser et sortir facilement du sous-développement ».
Deux exemples : Premièrement, « après les indépendances, les pays africains ne se sont pas engagés suffisamment dans une politique d’industrialisation accélérée. Je dis le contraire de ce que l’on disait généralement : l’industrialisation, c’est pour plus tard. L’Afrique n’est pas mûre pour l’industrialisation. On disait ça de la Chine il y a cinquante ans. On disait ça de la Corée du Sud. Ce sont précisément les pays qui sont rentrés dans l’industrialisation. Alors, l’Afrique a pris cinquante ans de retard (Samir Amin). Ce qui intéresse l’impérialisme, ce sont les ressources naturelles de l’Afrique. Et pourquoi l’Afrique est vulnérable. C’est la faiblesse même des classes dirigeantes comme Macky Sall qui ont accepté de se situer dans le statut d’État client de l’Occident. Cela ne réduit pas la responsabilité des pays occidentaux. »
Deuxièmement, « En 2012, les réserves de change de l’Algérie très importantes » fait observer au professeur Dovidarque « le montant des réserves de change est plus élevé que celui rendu public (182,22 milliards de dollars), du fait que la fiscalité pétrolière algérienne calcule les revenus pétroliers sur un prix du baril fixé à 37 dollars actuellement alors que le prix effectif du baril du pétrole était beaucoup plus élevé. Donc, une manne qui a incité « le FMI à demander des emprunts à l’Algérie pour participer avec l’Allemagne et la France aux crédits consentis aux pays européens en crise très profonde comme la Grèce, le Portugal et l’Irlande ».
Prof. Moustapha Kassé est membre Des Académies des Sciences Et Techniques Du Sénégal Et Hassane 2 Du Maroc.