Coordonnatrice résidente et représentante du Secrétaire général des Nations unies au Togo, la Sénégalaise Coumba D. Sow construit son parcours autour du développement des politiques publiques. Son soutien à l’élaboration du cinquième Plan stratégique pour la transformation agricole du Rwanda, en 2023 et 2024, éclaire cette expertise : organiser les choix, rapprocher les acteurs et donner une cohérence économique à la transformation des systèmes agroalimentaires.

Transformer une agriculture exige de comprendre ce qui se passe entre une exploitation et le marché. La production dépend de la terre, de l’eau et des techniques disponibles. Sa valeur dépend aussi du stockage, du transport, du financement et des débouchés. Coumba D. Sow travaille sur les politiques publiques qui relient ces dimensions. Agroéconomiste, aujourd’hui à la tête de la coordination des Nations unies au Togo, elle a construit une expertise au croisement des systèmes agroalimentaires et de la décision publique.

Son passage au Rwanda en offre une illustration centrale. En qualité de représentante de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, elle soutient, en 2023 et 2024, le développement du PSTA5, le cinquième Plan stratégique pour la transformation agricole. Elle considère cette contribution comme sa réalisation technique la plus importante. Ce choix révèle ce qui donne son unité à son parcours : contribuer à des cadres nationaux capables d’orienter durablement l’action publique et l’investissement.

Le chantier rwandais porte sur une question de fond. Comment faire évoluer l’agriculture en agissant simultanément sur la productivité, les revenus, l’alimentation et la préservation des ressources ? Une amélioration des rendements produit une partie de ses effets seulement si les récoltes peuvent être conservées, transformées et commercialisées. L’accès au financement devient plus utile lorsque les producteurs disposent de débouchés. La politique publique doit organiser ces complémentarités.

Dès 2023, Coumba Sow engage l’appui de la FAO au processus conduit par le ministère rwandais de l’Agriculture et des Ressources animales. L’accompagnement porte notamment sur les connaissances nécessaires à la préparation de la stratégie, l’innovation et la prise en compte des arbitrages entre les différentes composantes du système agroalimentaire. Des consultations doivent permettre de rapprocher les orientations nationales des besoins exprimés dans les territoires.

Cette contribution relève d’un métier exigeant : faire entrer dans une même réflexion les contraintes des producteurs, les capacités des institutions et les conditions d’intervention des entreprises. Les intérêts se rejoignent sur certains objectifs et divergent sur d’autres. Une stratégie crédible doit rendre ces tensions intelligibles, définir des priorités et préparer les conditions de leur mise en œuvre.

Lancé le 6 décembre 2024, le PSTA5 couvre la période 2024-2029. Il inscrit la transformation agricole dans une approche plus large des systèmes agroalimentaires, avec une attention portée à leur résilience et à leur durabilité. La rareté des terres, la faiblesse de certains rendements, les pertes après récolte et les difficultés d’accès aux marchés figurent parmi les problèmes auxquels il entend répondre.

Le soutien apporté à sa préparation situe précisément la contribution de Coumba Sow. Le gouvernement rwandais porte la stratégie nationale ; la FAO et les autres partenaires accompagnent son élaboration. Dans cet ensemble, son rôle de représentante consiste à mobiliser l’expertise de l’organisation et à soutenir le dialogue avec les autorités. La portée de ce travail tient à sa capacité à nourrir une décision qui engage plusieurs années d’action.

L’expérience rwandaise met également en évidence la place du secteur privé dans les politiques de transformation. Les producteurs ont besoin d’acheteurs, les entreprises de transformation ont besoin d’approvisionnements réguliers et les investisseurs recherchent des conditions suffisamment lisibles pour engager leurs ressources. La politique publique intervient dans la construction de cet environnement. Elle peut rapprocher les besoins d’infrastructures, les mécanismes de financement et les perspectives commerciales.

Cette lecture économique trouve un prolongement dans la formation de Coumba Sow. Son parcours associe les agro-industries à Montpellier, l’économie agricole à l’Université de Londres et la gestion des politiques publiques à Sciences Po Paris. Elle se présente également comme doctorante en politiques publiques appliquées aux systèmes agroalimentaires. Ces disciplines permettent d’examiner une même transformation depuis la production, les incitations économiques et l’organisation de la décision.

Au sein de la FAO, ses responsabilités l’ont conduite à travailler sur les politiques de développement agricole et rural en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Elle a notamment exercé comme responsable de l’Afrique au bureau du directeur général, coordonnatrice des urgences et de la résilience pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, puis représentante au Rwanda et à Djibouti. Cette diversité d’expériences élargit sa compréhension des institutions et des conditions dans lesquelles une politique doit agir.

Ses fonctions liées aux crises prennent place dans cette trajectoire plus vaste. Elles lui donnent une connaissance des chocs qui peuvent désorganiser une économie agricole et compromettre les revenus des ménages. Elles éclairent aussi l’importance de politiques capables de préserver les moyens de production et de préparer la continuité de l’activité. La résilience devient ainsi une dimension de la transformation économique.

Depuis le 5 octobre 2024, sa fonction au Togo élargit le périmètre de cette expertise. Coordonnatrice résidente et représentante du Secrétaire général des Nations unies, elle contribue à rapprocher l’action des agences des priorités nationales. Le travail porte sur la cohérence des interventions, les partenariats et les conditions d’exécution. Il exige de faire dialoguer des organisations dont les compétences et les instruments diffèrent.

Son intervention dans les échanges internationaux sur les systèmes alimentaires confirme la continuité de cette orientation. En 2025, à l’occasion du bilan du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires, elle insiste sur la qualité des cadres de politique publique, l’investissement dans l’innovation et la participation des acteurs concernés. Elle défend également l’apprentissage continu : une stratégie doit pouvoir évoluer à mesure que sa mise en œuvre produit de nouvelles connaissances.

Cette exigence donne sa portée au parcours de Coumba D. Sow. Une politique économique doit relier les ambitions nationales aux décisions prises par les administrations, les producteurs et les entreprises. Son expérience du PSTA5 rwandais constitue, à cet égard, un point d’appui majeur. Au Togo, son mandat met désormais cette compétence au service d’un champ plus large de coopération, avec la même question décisive : comment transformer une orientation collective en capacités économiques durables ?

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