Fondatrice d’ESG Africa et directrice ESG du groupe Azura Power, Seynabou Ba a construit son expertise entre l’assurance, la finance du développement et l’énergie. Son parcours éclaire une dimension essentielle de l’investissement en Afrique : la capacité à identifier les risques environnementaux et sociaux, puis à organiser leur maîtrise pendant toute la vie des projets.

Dans un projet énergétique, une difficulté avec les communautés riveraines peut finir par peser sur le calendrier des travaux, puis sur les comptes. Un défaut de sécurité peut interrompre l’exploitation. Ces risques prennent naissance bien avant leur traduction financière. Seynabou Ba a consacré sa carrière à les examiner au moment où il est encore possible de modifier une décision, de renforcer une organisation ou de prévenir un dommage.

Elle travaille aujourd’hui à cette intersection depuis deux positions complémentaires. Fondatrice du cabinet ESG Africa, implanté à Dakar et à Londres, elle accompagne les entreprises dans la gestion de leurs risques environnementaux, sociaux et de gouvernance. Directrice ESG du groupe Azura Power, elle exerce également au sein d’un producteur d’électricité présent notamment au Sénégal. Le conseil et la responsabilité opérationnelle donnent à son parcours une profondeur particulière : les engagements doivent trouver une application dans des organisations qui produisent, recrutent et investissent.

Une lecture du risque forgée dans l’assurance

Avant la finance du développement, Seynabou Ba passe plus de huit ans dans l’assurance environnementale. Le communiqué annonçant sa nomination au conseil d’AXIAN Telecom en 2022 rappelle ses responsabilités chez XL Group, à Londres, ainsi que chez Zurich Insurance, entre Londres, New York et Toronto. Dans cet univers, il faut apprécier un risque, déterminer dans quelles conditions il peut être couvert et comprendre ses conséquences possibles sur le bilan d’une entreprise.

Cette première expérience aide à comprendre sa manière d’aborder l’environnement. Le sujet engage la responsabilité financière de l’entreprise, sa continuité d’activité et parfois la valeur même de ses actifs. Il demande d’examiner les opérations avec suffisamment de précision pour distinguer les risques acceptables de ceux qui appellent une transformation du projet. Le passage par l’assurance place d’emblée l’analyse au contact des décisions économiques.

Sa formation associe un master en sciences et politique de l’environnement à Johns Hopkins University et un Executive MBA à London Business School. Ce double registre rapproche la compréhension des impacts et celle de l’entreprise. Il permet de discuter aussi bien des mesures de prévention que des arbitrages de direction, des responsabilités de chacun et des ressources nécessaires à leur mise en œuvre.

Treize années au cœur de la finance du développement

Seynabou Ba passe ensuite treize ans à la Société financière internationale, l’IFC, où elle devient responsable ESG pour l’Afrique subsaharienne. Selon la biographie publiée par Azura Power, son périmètre comprend alors un portefeuille de plus de 380 entreprises. L’échelle change. Il faut confronter un cadre international à des entreprises et à des contextes nationaux très différents, tout en maintenant une cohérence dans l’évaluation des risques.

Les normes de performance de l’IFC structurent cette approche. Elles portent sur l’identification des impacts, les conditions de travail, la protection des communautés et la gestion environnementale, entre autres exigences. Leur logique place la responsabilité dans la durée du projet. Elle suppose une organisation capable de repérer les difficultés, d’y répondre et de vérifier les mesures prises. Un document de conformité ne produit cet effet que s’il s’accompagne de responsabilités et de moyens.

Cette expérience éclaire le positionnement d’ESG Africa. Le cabinet indique s’appuyer sur un réseau de plus de trente experts intervenant dans vingt-six pays africains. Il présente ses activités autour des audits préalables environnementaux et sociaux, de la gouvernance et de l’accompagnement des équipes. Son implantation revendiquée à Dakar donne un ancrage ouest-africain à cette offre.

L’énergie confronte les engagements à l’exploitation

Chez Azura Power, les questions prennent une matérialité immédiate. Le groupe présente Tobene, au Sénégal, comme une centrale de 116 mégawatts entrée en exploitation en 2016 et intégrée à sa plateforme en 2019. Il indique travailler à sa conversion au gaz. Dans un tel environnement, la gestion des impacts concerne les salariés, les sous-traitants et les populations voisines, tout au long de l’exploitation.

La fonction ESG doit alors participer aux choix de l’entreprise : comment suivre les incidents, faire remonter une alerte, dialoguer avec les riverains ou s’assurer que les exigences s’appliquent aux prestataires ? Ces questions relient les engagements de la direction au travail quotidien. Leur traitement demande une proximité avec les opérations et la capacité d’obtenir des réponses de plusieurs métiers. L’autorité s’y mesure à la qualité des décisions prises lorsque des impératifs se heurtent.

Les références internationales apportent des principes ; leur application exige une compréhension du terrain. La consultation d’une communauté a de la valeur lorsque les personnes concernées peuvent effectivement être entendues et obtenir une réponse. Un dispositif de réclamation doit rester accessible. Pour une entreprise, la qualité de ce dialogue aide à identifier des difficultés assez tôt pour les traiter. Pour les populations, elle permet de demander des comptes sur les effets du projet.

Faire remonter ces enjeux jusqu’au conseil

La nomination de Seynabou Ba comme administratrice indépendante non exécutive d’AXIAN Telecom, annoncée le 1er décembre 2022, illustre l’accès de cette expertise aux instances de gouvernance. Le communiqué mentionnait également un mandat d’administratrice chez Ecobank Sénégal. Ces étapes montrent la portée de son parcours au-delà de l’énergie. Les risques environnementaux et sociaux intéressent aussi les banques qui financent les activités et les opérateurs qui déploient des infrastructures sur de vastes territoires.

Pour les dirigeants sénégalais, la question est celle de l’intégration de ces risques aux décisions de croissance. Une entreprise qui prépare une implantation, une acquisition ou un financement doit pouvoir expliquer comment elle gérera ses impacts et qui en répondra. La précision de ces réponses contribue à la solidité du projet. Elle ne garantit pas à elle seule l’obtention d’un financement, mais elle permet aux partenaires d’apprécier plus clairement les conditions de sa réalisation.

Le parcours de Seynabou Ba prend sa force dans cette continuité : examiner le risque pour un assureur, l’évaluer au sein d’un financeur, accompagner ceux qui le portent, puis participer à sa gestion dans une entreprise industrielle. La performance de cette fonction se jugera sur les risques effectivement mieux maîtrisés et sur la capacité des équipes à agir. Au moment où le Sénégal cherche à consolider sa base productive, cette compétence mérite toute sa place dans les directions générales.

TERANGACEO.COM