
Comme de nombreux pays africains, le Sénégal fait face à des défis majeurs en matière de gestion des déchets, particulièrement dans les grandes agglomérations comme Dakar.
Chaque année, le pays génère plusieurs millions de tonnes de déchets issus des ménages, des marchés, des industries et des établissements commerciaux. A Dakar, la production quotidienne de déchets ménagers est estimée à plus de 1 200 tonnes, selon les données de l’Unité de Coordination de la Gestion des Déchets (UCG). Cette croissance continue du volume de déchets est alimentée par une consommation accrue de plastiques et de produits jetables, aggravée par une sensibilisation encore insuffisante à la réduction des déchets dès leur source.
Chaque année, une grande partie des ordures ménagères est stockée, enfouie ou incinérée, entraînant des impacts environnementaux préoccupants. Pourtant, ces déchets ne sont généralement pas triés à la source, ce qui limite considérablement leur valorisation. Au terme du cycle, seule une infime portion est recyclée ou réutilisée. Cette réalité soulève une question essentielle : comment chacun de nous peut-il, à son niveau, contribuer à réduire les déchets que nous produisons ? Quels leviers pouvons-nous mobiliser ? Quelles pratiques adopter au quotidien? Ainsi, cet article se veut un petit guide pratique, destiné à accompagner chaque citoyen dans une démarche individuelle de réduction des déchets.
Comprendre les déchets pour mieux les réduire
S’engager dans une démarche de réduction des déchets commence par une bonne compréhension de leur nature et de leur situation au Sénégal. Les ordures ménagères désignent les déchets générés par les particuliers dans le cadre de leurs activités quotidiennes : restes de repas, aliments périmés, produits d’hygiène, etc. D’après les estimations du programme PROMOGED, chaque Sénégalais produit en moyenne 172 kg de déchets ménagers par an, soit un total national de plus de 2,3 millions de tonnes chaque année.
Typologie des déchets ménagers au Sénégal
Les données recueillies sur le site de Mbeubeuss (PROMOGED), principal centre de traitement des déchets du pays, permettent de dresser un aperçu de la composition des ordures ménagères : déchets putrescibles (alimentaires), déchets de jardin, papiers, textiles, plastiques, emballages composites, verres et déchets dangereux (piles, ampoules, métaux, combustibles non classés).
Un système de collecte encore fragile
La collecte des déchets est assurée par des structures telles que CADAK-CAR dans la région de Dakar. Toutefois, ce système reste entravé par des moyens logistiques et financiers insuffisants. En l’absence d’infrastructures adaptées pour le tri et le traitement, une grande partie des déchets finit dans des dépôts sauvages ou des décharges non contrôlées, aggravant les risques pour l’environnement et la santé publique.
Les bonnes pratiques
Rappelons que le meilleur déchet est celui qu’on ne crée pas. Cependant, réduire les déchets que l’on produit c’est avant tout l’adoption d’une somme de bonnes pratiques
Lors des achats
• Refuser les sacs à usage unique comme les sachets plastiques.
• Privilégier les sacs à papier
• Privilégier le vrac : éviter les emballages superflus. Plusieurs boutiques à Dakar proposent des produits sans emballage jetable. Vous pouvez, dans ce sens, consulter Zero Waste Sénégal pour les bonnes adresses.
• Privilégier les articles d’occasion : vêtements, meubles, électroménagers. Des boutiques comme Baobab Boutique ou Casa Nova encouragent le mode circulaire.
• Choisir des produits durables : réutilisables, réparables, sans piles.
• Utiliser des sacs et contenants réutilisables : pour les courses, le café, les plats à emporter.
A la maison
• Trier les déchets : mettez en place une poubelle avec différents compartiments pour chaque type de déchets (Biodéchet, Plastique, Verre etc)
• Composter tes biodéchets : même en ville, il existe des solutions comme les lombricomposteurs ou les composteurs collectifs. Voir des solutions locales à Dakar pour transformer tes biodéchets.
• Réparer au lieu de jeter : meubles, électroménagers, vêtements.
• Utiliser les points de collecte spécialisés : pour le verre, les piles, les textiles, les déchets électroniques.
• Participer aux collectes solidaires : dons d’objets, vêtements, livres etc.
Se rapprocher des recycleurs
• Recy’Clope : recycle les mégots de cigarette en objets utiles.
• Ecoboutik Recuplast : transforme les plastiques usagés en mobilier urbain.
• Snrecyclage Dakar et Mbeubeuss : centres de tri et de recyclage accessibles2.
• SetTIC et CIPROVIS : services de gestion des déchets avec des programmes de sensibilisation.
• Sunu Plastic Odyssey : micro-usine qui transforme les déchets plastiques en matériaux de construction et en mobilier urbain.
• Sen Plastic ou AGDS : ces organisations tentent de valoriser les déchets plastiques en les transformant en pavés ou objets utilitaires.
Intégrer des initiatives inspirantes telles que :
• L’Association Sénégal Propre dont le cœur de métier est la sensibilisation et le plaidoyer contre le péril plastique. Elle est dirigée par Modou Fall plus connu sous le nom de l’Homme Plastique.
• Le label “Mon restaurant zéro déchet” : porté par l’association Zéro Déchet Sénégal, il regroupe plus de 60 établissements qui bannissent les plastiques à usage unique. À Yoff, un restaurant utilise des pailles en bambou, des carafes en verre et des contenants réutilisables.
• Les coopératives de recyclage : elles permettent aux communautés de trier et valoriser leurs déchets, tout en créant des emplois locaux.
• Le programme “Dakar Zéro Déchet” : lancé en 2024, il vise à sensibiliser les citoyens au tri, au compostage et à la réduction des déchets à la source
En bonus, je vous offre ce poème que je dédie au recyclage
Les Mains Qui Trient
Dans les rues de Dakar, le sol étouffe, il parle mais peu l’entendent.
Dans les ruelles de Dakar, le sable s’entrelace aux plastiques oubliés.
Le vent charrie des sachets comme des fantômes domestiques.
Mais au milieu de chaos, des mains se lèvent.
Non pas pour quémander mais pour trier, pour transformer.
Elles connaissent le poids du rebut
Et le silence des sachets qui étouffent les trottoirs,
Mais elles refusent l’abandon.
Sous le soleil qui ne juge pas,
Elles fouillent les poubelles comme on cherche des vérités ;
Elles séparent les restes, elles compostent les regrets ;
Elles recyclent les silences qu’on jette.
C’est pas glamour, ce n’est pas en vitrine,
Mais c’est là que commence la dignité
Dans le tri, dans le choix de ne pas subir.
Car elles donnent au déchet une seconde voix.
Les enfants regardent, les enfants apprennent.
Une peau de mangue devient terre, un vieux bidon devient lumière.
Et les femmes ? Elles tissent des sacs avec les fils du passé ;
Elles cousent l’espoir dans les mailles du présent.
Les hommes debout, ceux qu’on croyait cassés,
Remontent les manches, redressent les dos, et disent :
« On n’est pas déchets. On est ressources. On est force. »
Ce n’est pas une révolution.
C’est une pulsation !
C’est une ténacité !
C’est un battement de cœur !
C’est un cri de colère !
C’est un souffle qui dit : « Je suis là. Je nettoie. Je reconstruis. »
By René Ukass Gomis
Tel : 77 440 78 86 / email : renegomis78@gmail.com