
À 28 ans, Ndèye Fatou Diéry Diagne est l’une des voix les plus affirmées de la vérification de l’information au Sénégal. La journaliste du quotidien national « Le Soleil », défenseure assumée de la cause féminine, s’impose dans un paysage médiatique où la désinformation dicte trop souvent le tempo.
Debout devant l’écran, peau couleur ébène sublimée par la lumière des slides, elle incarne une maîtrise tranquille. Sa posture droite, presque instinctive, alterne entre le public et les visuels qu’elle pointe du doigt pour appuyer ses explications. D’une voix posée, elle guide son auditoire, prenant le temps d’en souligner les points essentiels. Ses gestes, sûrs et mesurés, trahissent une aisance rare dans cet exercice numérique. On penserait à une journaliste de télévision. Illusion optique. C’est bien une séance de fact-checking : « Soleil Check ». L’une de ses fondatrices, Ndèye Fatou Diéry Diagne, est aujourd’hui l’une des figures constantes de la lutte contre la désinformation au Sénégal.
Sa trajectoire ressemble à un enchaînement de défis qu’elle s’est elle-même imposés. Née à Dakar, élevée dans un environnement où « tout était calculé, tout était organisé », Mami, comme l’appellent ses proches, découvre très tôt les chroniques d’Aminata Sophie Dièye, « Ndeye Taxawalou». Ses modèles sont forts et ses ambitions encore plus. Elle refuse les clichés et s’éloigne des préjugés qui confinent les femmes aux seconds rôles. Tête forte, elle brise les chaînes invisibles pour se frayer un chemin jusqu’au sommet du journalisme.
Fille de vétérinaire, elle entre dans le métier avec une idée précise. Celle d’occuper un espace où les femmes sont rares. « On me disait : les femmes font la télé ou la radio. Peu de femmes font la presse écrite », confie-t-elle avec humour. Cette marginalité devient un moteur. « Je me suis dit : je vais faire de la presse écrite. » Et elle s’y impose, dans un domaine réputé exigeant, où la rigueur et la profondeur priment. Plus tard, au Cesti, un autre défi l’attend. On lui confesse que les majors sont souvent des hommes. « Je vais terminer major », jure-t-elle. Sourire aux lèvres. Promesse tenue : elle décroche la première place de la 47e promotion, fidèle à son goût pour l’effort constant.
Un engagement pour les femmes
Si l’écriture est une passion, la défense des femmes est son autre souffle. Ce n’est ni un concept théorique ni un simple intérêt journalistique. C’est un choc fondateur. « J’étais jeune, j’étais désarmée… ça m’a beaucoup marquée. Je me suis dit : je vais défendre la vie des femmes», se souvient-elle. Une scène vécue dans son quartier, portée par des voisines, s’est imprimée en elle comme une empreinte. Depuis, l’injustice féminine la réveille, la porte, l’oriente.
Cet engagement puise aussi dans une lignée forte : sa grand-mère. « Ma grand-mère était engagée dans sa communauté pour les femmes », dit-elle avec une tendresse contenue. Comme si la parole féminine circulait d’une génération à l’autre et trouvait, en elle, un relais déterminé. Déjà en deuxième année au Cesti, elle crée une plateforme de portraits féminins. « Pour dire qu’il n’y a pas qu’un seul jour pour montrer que les femmes sont positives », affirme-t-elle.
Le fact-checking : transformer le doute en méthode
C’est dans la vérification des faits qu’elle trouve son terrain naturel. Le doute, chez elle, n’est pas une hésitation, mais une discipline. « Je suis une personne qui doute beaucoup… je ne crois rien du tout comme acquis », lance-t-elle, la prudence dans le verbe. Trois années de formation, un travail acharné et la création de «Soleil Check» s’imposent comme une évidence. Elle n’y cherche pas seulement la précision technique, mais une prudence éthique. Pour elle, une information n’est jamais figée : « Je dis ‘jusqu’à ce jour’, parce que le lendemain il peut y avoir une avancée scientifique », souligne-t-elle.
Le fact-checking devient ainsi un prolongement cohérent de son engagement pour la vérité… D’ailleurs, grâce à cet engagement, Diery devient aujourd’hui une autrice. Elle vient de publier son livre intitulé « Résister à la désinformation ». Un ouvrage à travers lequel elle ouvre un espace de réflexion sur la vérité et la place du journaliste dans un environnement saturé d’informations.
Son style, sa détermination, son regard vif derrière ses lunettes… tout chez elle exprime la même chose. Une jeune journaliste brillante et un esprit affûté, qui avance sans céder au bruit ni aux illusions.