Assane Mbengue, du marketing international au défi du transport public : le DG qui veut remettre Dakar Dem Dikk sur ses rails

Il a longtemps évolué dans l’univers exigeant du marketing, de la communication et du business development, entre Dakar et Londres. Puis, en mai 2024, Assane Mbengue change de braquet : il prend les commandes de Dakar Dem Dikk (DDD), société nationale de transport public de voyageurs, au cœur du quotidien des Dakarois et des enjeux de mobilité urbaine.

À ce poste, il incarne une génération de managers qui abordent l’entreprise publique avec des réflexes d’efficacité, de transformation et de redevabilité, dans un secteur où chaque décision se voit, se vit… et se juge sur la route.

Un parcours construit entre Dakar et Londres

Le profil d’Assane Mbengue raconte d’abord une trajectoire académique cohérente : un socle en management et administration des affaires au Sénégal (Sup’Management, puis Groupe IAM), avant un MSc en Marketing à Heriot-Watt University, au Royaume-Uni. Cette séquence internationale n’est pas un simple label : elle installe une culture du résultat, de la méthode et des standards, qui imprègnera ensuite son approche du management.

Côté expérience, ses premières années professionnelles s’ancrent dans la vente et l’environnement commercial britannique, puis dans une fonction marketing (AMA Scotland). Une école du terrain, où l’on apprend à convaincre, à segmenter un marché, à écouter le client, à traduire un besoin en offre. De retour en Afrique de l’Ouest, il capitalise sur cette culture “marché” pour co-piloter des initiatives entrepreneuriales (OneWay Group) et développer des activités liées au marketing & à la communication (ONeWay Communications), tout en gardant une empreinte multi-projets (Smart Links). Cet ADN d’entrepreneur-manager va peser, plus tard, dans sa lecture d’une entreprise publique : organisation, productivité, qualité de service, modèle économique.

Mai 2024, le tournant Dakar Dem Dikk

La passation de service fin mai 2024 marque son entrée officielle à la tête de Dakar Dem Dikk. Dès ses premières prises de parole, le ton est donné : “transformations profondes”, modernisation de la flotte, amélioration de l’interconnectivité, valorisation des équipes et apaisement du climat social, avec la digitalisation comme accélérateur de qualité de service. Autrement dit : remettre la machine en état, mais aussi réconcilier l’entreprise avec ses agents et ses usagers.

Le défi est structurel. DDD n’est pas une entreprise comme les autres : elle est exposée, commentée, attendue. Elle porte un rôle social évident (accès à la mobilité), une pression budgétaire permanente et des contraintes d’exploitation (maintenance, carburant, régularité, sécurité). Dans un entretien, Assane Mbengue résume l’un des nœuds du problème : le poids de la dette et, plus largement, l’équation économique d’un service public de transport.

Transformer une entreprise publique : méthode, discipline et symbole

Ce qui frappe dans la communication managériale d’Assane Mbengue, c’est la combinaison entre le concret opérationnel et le marqueur symbolique. Sur le concret : il met en avant la modernisation du parc, l’optimisation de l’exploitation, la rationalisation des charges et la recherche d’une meilleure performance de service. Sur le symbole : il évoque des bus peints aux couleurs nationales et l’ambition d’un “bus intelligent”, comme pour réinstaller Dakar Dem Dikk dans une fierté de service public, visible dans l’espace urbain.

Cette lecture est loin d’être cosmétique. Dans un secteur aussi sensible que le transport, la confiance est une matière première : confiance des usagers (ponctualité, sécurité, propreté), confiance des équipes (conditions de travail, considération), confiance des partenaires publics (trajectoire financière, gouvernance). L’enjeu, au fond, est d’aligner trois promesses : une promesse sociale (servir), une promesse économique (tenir), et une promesse d’État (incarner un standard).

Premiers signaux et bataille des chiffres

Comme tout dirigeant placé sous les projecteurs, Assane Mbengue est attendu sur des résultats. Des médias ont relayé, en 2025, des signaux de redressement financier et des indicateurs en amélioration (solde positif à fin septembre 2025, progression de certains trafics et produits d’exploitation). Ces données, si elles se confirment dans la durée, raconteraient un début de stabilisation, souvent préalable indispensable à toute transformation profonde.

Mais dans une entreprise de transport, l’indicateur le plus implacable reste celui que les citoyens vivent : la disponibilité des bus, la fréquence, la régularité, l’information voyageur, la qualité de la relation client. C’est là que se joue la crédibilité réelle d’un plan de modernisation.

Le management par la confiance sociale

Dès sa prise de fonction, l’accent mis sur les chauffeurs, receveurs et agents n’est pas anodin. Dans les entreprises d’exploitation, la performance ne se décrète pas : elle se fabrique, chaque jour, par des femmes et des hommes qui font tourner le service. Apaiser, écouter, réorganiser sans humilier : c’est souvent la différence entre une réforme qui tient et une réforme qui casse. Sur ce point, ses déclarations insistent sur la restauration d’un climat social apaisé et l’amélioration des conditions de travail et de vie du personnel.

Une vision qui dépasse Dakar : mobilité, intermodalité, intégration

La modernisation et “l’interconnectivité” évoquées dès le départ résonnent avec un sujet plus large : comment construire une mobilité urbaine efficace dans une métropole en croissance ? L’avenir du transport public n’est pas seulement une question de bus supplémentaires : c’est une question de réseau (lignes, correspondances), d’information (temps réel), d’intégration avec d’autres modes, et de pilotage par la donnée. En parlant d’innovation et de digitalisation comme moteurs, Assane Mbengue s’inscrit dans cette logique contemporaine de “service public augmenté”, où l’expérience usager devient un indicateur stratégique.

Le style Mbengue : entrepreneur dans le public

Son parcours (marketing, communication, entrepreneuriat, multi-projets) l’a entraîné à penser en termes d’offre, d’image, de promesse, mais aussi de discipline d’exécution. À la tête de Dakar Dem Dikk, ce bagage peut devenir une force à condition d’être traduit dans l’ADN du service public : transparence, continuité, équité d’accès. C’est tout l’enjeu de cette étape : faire entrer des méthodes de performance dans une institution dont la mission est, par nature, collective.

Ce que son mandat dira du Sénégal qui se transforme

Au fond, l’histoire d’Assane Mbengue à Dakar Dem Dikk raconte aussi une question sénégalaise : comment réinventer les entreprises publiques pour qu’elles soient à la fois utiles, solides et modernes ? Sa feuille de route, telle qu’exprimée lors de sa prise de fonction, met les bons mots sur les bons défis : flotte, qualité de service, social, digital, gouvernance et trajectoire financière.

La suite se jouera sur un triptyque simple, mais redoutable : des bus qui sortent, des agents qui adhèrent, des usagers qui ressentent la différence. Si ces trois lignes convergent, alors Assane Mbengue ne sera pas seulement “le DG nommé en 2024” : il deviendra l’un des visages d’une nouvelle manière de conduire le service public, avec l’exigence du privé et la responsabilité de l’État.

terangaceo.com

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

More Articles & Posts

Annonce du jour

Annonce de la semaine

Clip de la semaine

Publicité

Title
.