L’examen du projet de Loi de Finances 2026 a pris, ce samedi, un tour particulièrement tendu à l’Assemblée nationale. Au cœur des échanges : la polémique persistante autour de la « dette cachée » de 7 milliards de dollars révélée en 2024, dont les contours continuent d’alimenter suspicion et débats techniques.

Aïssata Tall Sall a pris la parole pour demander une clarification sans ambiguïté sur ce passif qui hante encore les discussions économiques du pays. L’ancienne cheffe de la diplomatie sénégalaise a dénoncé ce qu’elle considère comme une confusion terminologique entretenue autour de l’affaire, estimant que l’imprécision sème davantage le doute dans l’opinion comme au sein des institutions financières.

Elle a notamment interrogé le gouvernement sur la définition exacte d’une « dette cachée », rappelant que deux interprétations circulent : celle d’un engagement non présenté au Parlement et celle mentionnée par la Cour des comptes, qualifiée de dette « hors cadrage ». Elle a aussi demandé des précisions sur sa composition réelle, en s’appuyant sur les normes internationales (GFSM) qui déterminent le calcul du ratio d’endettement suivi par le FMI et l’UEMOA.

La députée s’est également interrogée sur l’intégration éventuelle des dettes des entreprises publiques majoritaires dans ces montants, soulignant que la dette contingente sans garantie de l’État ne peut, en principe, être assimilée à la dette publique globale.

Sur la question de la dette bancaire, Aïssata Tall Sall a remis en cause l’idée même qu’elle puisse être « dissimulée », rappelant que les banques sont soumises à un contrôle strict de la BCEAO et que leurs opérations vis-à-vis de l’État ne peuvent échapper ni à la régulation bancaire ni aux écritures comptables. Elle a ainsi jugé incohérent de parler de dette « cachée » si les institutions financières en assument déjà la traçabilité.

L’ancienne ministre a par ailleurs exhorté le gouvernement à rendre publics les documents liés à l’audit Forvis Mazars, estimant que seul un accès aux rapports complets permettrait d’assainir le débat. « Produisez les documents, et nous pourrons discuter sur les mêmes bases », a-t-elle martelé.

Dans un dernier avertissement, elle a appelé l’exécutif à la prudence sur plusieurs fronts : la tentation du recours excessif au crédit, l’abandon des subventions stratégiques et l’éventualité d’un recours aux fonds vautours, une option qu’elle juge particulièrement risquée. Elle a également pointé la forte présence de banques étrangères dans le système financier sénégalais, un déséquilibre qu’elle estime préoccupant au regard des ambitions souverainistes affichées par le pays.

« Dites clairement ce que vous comptez faire », a conclu Aïssata Tall Sall en s’adressant au gouvernement, appelant à un discours de vérité pour restaurer la confiance dans la gestion de la dette publique.

igfm.sn