Abdourahmane Diop, bâtisseur d’entreprises et architecte de financements innovants

À Dakar, une nouvelle génération de leaders financiers ne se contente plus de commenter l’économie ou d’accompagner les stratégies publiques. Elle veut construire, tester, financer, puis scaler. Abdourahmane Diop fait partie de ces profils hybrides, à la croisée du conseil, de l’investissement et de l’entrepreneuriat.

Co-fondateur et CEO de Haskè Ventures, il s’inscrit dans une trajectoire singulière, où l’expertise technique des transactions et le sens du terrain se rencontrent pour répondre à un défi majeur en Afrique de l’Ouest francophone : transformer des idées en entreprises durables, et des ambitions en emplois.

Du conseil stratégique à la fabrique d’initiatives

Le parcours d’Abdourahmane Diop se construit d’abord dans l’univers exigeant du conseil et de l’investissement. Pendant de nombreuses années, il intervient sur des missions qui combinent diagnostic, structuration et exécution, au service d’acteurs variés. Son expérience s’ancre notamment dans l’écosystème Dalberg, où il évolue sur plusieurs niveaux de responsabilité, jusqu’à exercer des fonctions de direction de bureau et de conseil senior.

Ce passage par le conseil international, marqué par des environnements multiculturels et des standards élevés, lui donne une grammaire : cadrer un problème, bâtir une stratégie, aligner les parties prenantes, sécuriser les risques, mesurer l’impact. Dans les éléments publics disponibles, il est également présenté comme ayant conduit des travaux pour des institutions de premier plan, dont IFC/Banque mondiale, la BOAD et la Fondation Bill & Melinda Gates, sur des sujets où la rigueur analytique ne peut se dissocier de l’exécution. Ces missions l’amènent à intervenir dans plus de 25 pays, en Afrique comme au-delà, une exposition qui nourrit sa lecture des marchés, des contraintes réglementaires, et des conditions réelles de mise à l’échelle.

L’investissement comme méthode, la structuration comme métier

À partir de 2014, son parcours prend une coloration plus nettement “transactions”. Il se positionne sur des mandats de structuration financière, de due diligence, d’ingénierie de mécanismes innovants, et d’accompagnement d’investissements en fonds propres ou quasi-fonds propres, notamment à Londres. Cette période, associée à D. Capital Partners et à des fonctions d’investment manager, renforce un savoir-faire central : rendre finançables des projets et sécuriser des montages dans des secteurs sensibles, comme la santé et l’agriculture.

C’est l’un des marqueurs forts du profil : la capacité à parler à la fois le langage de l’impact et celui des investisseurs. Ressources à mobiliser, risques à répartir, flux à sécuriser, gouvernance à clarifier, trajectoire de rentabilité à crédibiliser. Dans un environnement où beaucoup de projets échouent faute d’architecture financière solide, cette compétence devient un avantage stratégique.

Haskè Ventures, le pari du venture building en Afrique francophone

En octobre 2021, Abdourahmane Diop fait un pas décisif : passer du soutien à la construction. Avec son co-fondateur Madji Sock, il lance Haskè Ventures, un venture builder basé au Sénégal, avec une ambition explicite : créer des entreprises scalables, durables et rentables en Afrique de l’Ouest francophone, tout en réduisant le risque d’échec aux premiers stades de la création de start-up.

Le positionnement est clair. Haskè Ventures veut combler le vide entre “l’idée” et “la croissance”, là où se perdent la plupart des jeunes entreprises : manque d’équipe structurée, produit mal défini, acquisition client fragile, modèle économique instable, gouvernance imprécise. L’organisation se présente comme un acteur qui finance et soutient des entrepreneurs, avec une logique de studio, c’est-à-dire une capacité à co-construire, itérer, recruter, mettre en place des process, puis accélérer.

Dans un entretien et des présentations publiques, les fondateurs expliquent que la création de Haskè Ventures répond aussi à un sujet macroéconomique : l’emploi des jeunes en Afrique de l’Ouest. Leur conviction est que les stratégies publiques et l’action des bailleurs ne suffisent pas si elles ne sont pas relayées par des entreprises capables de créer de l’activité et des emplois à grande échelle.

Investir pour moderniser l’économie réelle

Le venture building n’est pas qu’un concept. Il se vérifie à travers des opérations et des prises de participation. Parmi les exemples les plus cités dans la presse économique régionale, Haskè Ventures est présenté comme investisseur dans ProXalys, une start-up qui travaille sur la digitalisation de segments de l’économie informelle, avec l’idée que la technologie peut accélérer la modernisation des circuits opérationnels et contribuer à l’éducation financière des acteurs.

Ce type d’investissement est révélateur d’une approche orientée “infrastructures invisibles” : améliorer la manière dont les micro-activités fonctionnent, se financent, se structurent et se connectent au formel. Dans de nombreux pays, c’est là que se joue une part de la productivité nationale et de l’inclusion économique.

Un pont entre philanthropie, impact et capital patient

En parallèle, Abdourahmane Diop intervient comme Advisor auprès de l’Optimizer Foundation, une organisation qui mobilise des capitaux philanthropiques pour investir dans des entreprises à impact, notamment sur l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes et le climat, en Afrique de l’Est et de l’Ouest.

Ce rôle complète naturellement son profil. Il renforce une posture d’interface entre plusieurs mondes : celui des fondations qui cherchent des résultats mesurables, celui des investisseurs qui exigent des trajectoires financières crédibles, et celui des entrepreneurs qui ont besoin de capital, mais aussi d’expertise, de réseau et d’accompagnement.

Une formation sénégalaise, un ancrage assumé

L’une des dimensions intéressantes de cette trajectoire est l’ancrage académique au Sénégal. Abdourahmane Diop est formé à l’École Supérieure Polytechnique (UCAD), avec un parcours orienté finance, comptabilité, droit et management, jusqu’au niveau Master. Cet ancrage local, combiné à une exposition internationale, nourrit une lecture fine des réalités du marché ouest-africain : la profondeur limitée des financements early stage, la fragilité des modèles, l’importance des partenariats, la nécessité d’un accompagnement très opérationnel.

Le style Diop, rigueur, exécution, et construction

Ce qui se dégage de l’ensemble, c’est un style de leadership façonné par la rigueur et la méthode. Moins dans le récit, davantage dans le concret : structurer, sécuriser, mobiliser, exécuter. Sur le plan entrepreneurial, cela se traduit par une proposition de valeur claire pour l’écosystème : réduire le taux d’échec des start-up en apportant des briques que les jeunes fondateurs n’ont pas toujours dès le départ, comme la structuration financière, l’accès aux bons réseaux, la discipline d’exécution et la capacité à constituer une équipe.

Dans un pays comme le Sénégal, qui se positionne de plus en plus comme une place de référence pour l’innovation en Afrique francophone, ce type d’acteur devient stratégique. Parce qu’il ne s’agit plus seulement de créer des start-up, mais de créer des entreprises capables de durer, d’exporter, et de participer à la transformation productive du territoire.

terangaceo.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

More Articles & Posts

Title
.